Amour inconditionnel Versus Amour sous conditions

Comme le chante si bien Jean-Louis Aubert, on aime comme on a été aimé. C’est dans les mains de nos parents. C’est dans le cœur de nos amants…

 Quelle est donc la définition de l’amour ? Vaste question ! Est-ce une substance essentielle, constitutive de toute forme de vie ou est-ce un luxe frivole, superficiel, la cerise sur le gâteau de quelques privilégiés ? Est-ce un sentiment qui regroupe provisoirement une poignée d’individus autour d’un projet, que ce soit professionnel, familial, personnel ? Serait-il enfantin de parler d’une énergie plus vaste, qui formerait une toile de fond, un réseau sous-tendant l’humanité tout entière ? J’aime penser que l’amour s’étend (et s’entend) à l’infini. Albert Einstein écrivait à la fin de sa vie sur cette force incroyable et mystique : Lorsque les scientifiques étaient à la recherche d’une théorie unifiée de l’univers, ils ont oublié la plus invisible et la plus puissante des forces. C’est une force qui comprend et régit toutes les autres et est même derrière tout phénomène qui opère dans l’univers et qui n’a pas encore été identifiée par nos soins. Cette force universelle est l’Amour. L’Amour serait le substrat noble et pur dans lequel nos compositions terrestres planteraient leurs racines. Invisible à nos yeux, mais palpable dans nos corps. Ce réseau formerait les mailles des structures humaines, toile de fond imperceptible du macrocosme sociétal, garde-corps surplombant le vide de nos abîmes. Trame secrète composée de fils microscopiques, cordons d’or ou d’argent, qui tissent des liens de cœur à cœur, d’âme à âme et de corps à corps, redonnant du SENS à tout ce chaos.

Est-ce une intuition, une conscience noble, qui tend à s’expanser pour agrandir le monde, pour relier les âmes, comme le défendait Albert Einstein ? Ou au contraire, est-ce devenu une monnaie d’échange qui rétrécit comme peau de chagrin l’humanité, laissant à voir des paysages dévastés et de la violence souveraine au cœur de nos relations ?

Je pense que la réponse se trouve dans l’amalgame qui a été fait autour de cette notion. L’Amour, dans nos sociétés, regroupe en réalité deux définitions opposées : l’amour inconditionnel et l’amour conditionnel, son cousin éloigné. La philosophie bouddhiste a clairement identifié ces deux notions et leur a donné deux noms différents : amour et attachement. L’amour serait un don sans aucune attente ; l’attachement serait plus du côté de la transaction : concéder son attention, son énergie, sa tendresse, son soutien, son temps dans l’attente, plus ou moins consciente, d’autre chose.

Ces deux notions jumelles sont à l’opposé d’un continuum. Il semble important de conscientiser ces deux réalités et de tendre vers celle qui nous appelle.  Dans une société malade d’un matérialisme excessif, l’amour est une antidote.

L’amour trouve ses racines l’amour que l’on a pour soi. Quelqu’un qui s’aime de manière inconditionnelle rayonnera autour de lui ce type d’amour. Et inversement.

Vos parents vous ont peut-être bercé avec ce type d’amour inconditionnel. Un amour profond, puissant, détaché de votre coquille corporelle et sociale : vos comportements, votre apparence, vos mots. Vos parents, ou quelqu’un proche de vous, a joué ce rôle de donneur universel alors vous possédez à l’intérieur de vous un accès facile à cette énergie régénératrice.  Tous les êtres humains possèdent à l’intérieur d’eux cette force de vie herculéenne. Et comme le dit Albert Einstein, la dernière réponse est l’amour. Chaque individu porte à l’intérieur un petit mais puissant générateur d’Amour dont l’énergie est en attente d’être libéré. Certaines personnes ont donc fermé la porte à double tour, empêchant cette énergie de circuler. Par exemple, si vos parents, ou vos référents, vous ont bercé à l’amour conditionnel, alors, il est possible que votre structure se soit fissurée profondément et que vous cherchiez, à travers l’autre, soit à la dissimuler, soit à remplir maladroitement : nourriture, drogue, dépendances, fuites etc… Avançant comme des infirmes estropiés dans le sillage de vos sombres héritages… La dépendance affective est une dérive de ce manque d’amour pour soi-même : cherchant à se réparer, à se combler à travers le miroir de l’autre. Dans ce type d’éducation, les circuits neuronaux ont enregistré que l’amour est un troc et non une énergie libre de circuler, d’aller et de venir au gré du vent. Bonne nouvelle ! Il n’est jamais trop tard pour s’aimer. Réellement, inconditionnellement, pleinement. Même si, selon Jung, il est extrêmement difficile de s’aimer inconditionnellement : la chose la plus terrifiante, c’est de s’accepter soi-même, dit-il. Certes, cette introspection peut paraitre terrifiante. Ce que l’on va trouver va certainement nous déranger, nous bousculer, voire nous désorganiser. Mais, il me semble nécessaire d’emprunter ce chemin à l’intérieur de soi qui va vers nos imperfections. Cette voie va nous permettre dans un premier temps de découvrir la profondeur de nos erreurs, puis de les accepter peu à peu comme faisant partie intégrante de notre parcours et enfin de les embrasser et de les assumer.

Quelles sont donc ces portraits de nous, défigurées par le ridicule, la honte, l’humiliation ou l’injustice ? Nos égoïsmes ridicules… Nos pensées criminelles… Nos imperfections décevantes… Nos impuissances suffocantes… Nos violences éphémères… Nos lâchetés quotidiennes…  Nos échecs cuisants… Nos maladresses inélégantes… Et pourquoi ne pas récupérer au sein de son enceinte toutes ces parties de soi-même, laissées à l’abandon, dans des recoins dérobés de son passé ?

Il est peut-être temps d’arrêter de donner à voir aux autres ce qu’ils auraient envie de voir.  Et si chacun de nous se donnait le droit de vivre en récupérant chacun de ses faux pas cachés, chacune de ses imperfections ; en les regardant droit dans les yeux et en leur souriant ? Si l’on tolère, on accepte et, pourquoi pas, on ose aimer ses faiblesses, ses défauts, ses imperfections visibles ou non, ses mauvais côtés, alors, l’amour que l’on développera pour les autres sera empreint de cette belle générosité que l’on s’est donné pour soi. Et ça, c’est un beau cadeau !

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